Ce que révèlent les origines de Zara et sa véritable nationalité

Une lecture hâtive des étiquettes pourrait brouiller les pistes, mais les faits sont têtus : Zara, ce n’est pas une marque chinoise. L’enseigne appartient au mastodonte espagnol Inditex, né à La Corogne en 1975. La rumeur d’une origine asiatique persiste pourtant, entretenue par la mondialisation de sa production et la confusion qui l’entoure. Ni la création, ni la direction actuelle n’ont de racines chinoises.

Zara a rebattu les cartes de la mode en misant sur la rapidité. Difficile de passer à côté de son influence : le rythme effréné de ses collections a redéfini les standards du secteur, et la question de l’origine chinoise ne fait que masquer les vrais enjeux, économiques comme écologiques, qui entourent la marque.

zara, une success story espagnole loin des clichés

Tout démarre en 1975, à La Corogne, sur la côte galicienne. Amancio Ortega et Rosalía Mera ouvrent leur première boutique, sans tambour ni trompette. Rapidement, la petite enseigne franchit les frontières : Porto, Paris, New York, Shanghai. L’essor est spectaculaire, et Zara s’impose comme une référence mondiale du textile.

Derrière cette réussite, un modèle unique. Zara, adossée au géant Inditex, érige la réactivité en principe fondateur. Les collections se renouvellent à une vitesse qui bouscule la concurrence. Les groupes comme H&M, Mango ou Shein observent le tempo mais peinent à suivre le rythme imposé. Zara façonne la fast fashion et l’exporte sans relâche.

Le cœur du groupe reste ancré en Espagne. Depuis son siège à Arteixo, la conception bat son plein, tandis que la production s’organise entre le Portugal, le Bangladesh, le Maroc, la Turquie ou la Chine. Cette dispersion logistique ne change rien à l’identité de la marque : la stratégie et la direction sont toujours entre les mains de la famille Ortega, fidèles à la Galice.

Aujourd’hui, Zara compte plus de 2 200 magasins répartis dans 96 pays, symbole d’une réussite à l’espagnole. Inditex, c’est aussi Massimo Dutti, Pull&Bear, Bershka, Stradivarius. En 2023, le groupe atteint 35,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires et emploie 165 000 personnes. La famille Ortega reste aux commandes, sans la moindre ambiguïté.

fast fashion : quels impacts réels sur la planète et l’économie ?

L’avènement de la fast fashion au début des années 2000 a transformé notre rapport aux vêtements. Zara, pionnière du mouvement, impose une rotation effrénée : une nouvelle collection tous les quinze jours, une capacité à capter les tendances en temps réel. Mais derrière cette prouesse industrielle, l’addition écologique grimpe.

L’industrie textile engloutit des ressources considérables. Chaque t-shirt, chaque jupe, implique des centaines de litres d’eau, des matières premières rarement locales, et une énergie faramineuse. La chaîne de production s’étire de l’Espagne au Bangladesh, traverse la Turquie et la Chine. Conséquence : l’empreinte carbone explose, et l’inquiétude monte chez les ONG et les consommateurs.

Sur le plan social, Inditex emploie plus de 165 000 collaborateurs et rayonne sur tous les continents. Mais l’envers du décor existe : fournisseurs sous pression, tarifs tirés vers le bas, niveau de qualité régulièrement questionné. En Chine, par exemple, la BCA a pointé du doigt des produits défectueux. Face à la critique, Inditex ajuste ses pratiques, renforce les contrôles, multiplie les audits pour rassurer et rectifier le tir.

Les autorités publiques s’emparent du sujet. L’Union européenne comme le Sénat français planchent sur des mesures pour limiter la surproduction, encourager le recyclage et l’éco-conception. Zara, consciente de la pression, réagit : le programme Join Life met en avant le coton biologique, le textile recyclé, des démarches d’économie circulaire en phase de test. Le chantier reste vaste : conjuguer rentabilité, innovation et responsabilité sociale n’a rien d’évident.

mode espagnole

changer sa façon de consommer : des alternatives pour une mode plus responsable

Le décor change. Face à une génération qui réclame traçabilité et authenticité, le secteur textile n’a plus d’autre choix que de s’adapter. Moins mais mieux : ce mot d’ordre gagne du terrain, porté par les ONG, les jeunes marques et les plateformes de seconde main. Vinted, Vestiaire Collective, Le Bon Coin : ces plateformes remodèlent les habitudes d’achat.

Zara ne reste pas spectateur de cette mutation. Join Life, la démarche maison, s’appuie sur des matières plus respectueuses : coton bio, polyester recyclé, lin cultivé dans l’esprit du développement durable. Les progrès sont notés, même si chaque pas vers plus de vert est disséqué à la loupe. Parallèlement, la collecte de vêtements usagés en magasin et le service Zara Circle incarnent l’amorce d’un virage vers l’économie circulaire. Même la grande distribution s’aligne progressivement, à son échelle.

Pour transformer notre relation à la mode, plusieurs pistes concrètes s’affirment peu à peu :

  • Location de vêtements pour s’habiller lors d’événements ponctuels ou de moments particuliers
  • Se tourner vers des marques locales ou labellisées, souvent synonymes de plus de clarté sur la provenance
  • Investir dans des pièces conçues pour durer, intemporelles et solides

Dans ce contexte, les grands acteurs du secteur sentent la pression monter. Les consommateurs épluchent les étiquettes, comparent les labels, partagent leurs expériences. Acheter un vêtement devient un acte réfléchi, parfois revendicatif. Les jeunes générations remettent en question la surconsommation, choisissent la sobriété, cherchent du sens. La mode responsable s’installe, portée par la demande et dynamisée par la société civile.

L’histoire de Zara continue de s’écrire au gré de ces bouleversements. L’entreprise, fidèle à ses origines espagnoles, avance aujourd’hui sur une ligne de crête entre innovation, responsabilité sociale et quête d’une mode plus viable. Reste à savoir qui donnera le tempo dans cette industrie qui ne cesse de se réinventer.