Richemont publie des résultats annuels 2025/26 qualifiés de solides par plusieurs analystes, alors que le secteur du luxe traverse une phase de ralentissement. L’action Richemont attire les investisseurs qui cherchent une exposition aux montres de luxe. Le problème : acheter du Richemont pour parier sur l’horlogerie, c’est surtout acheter Cartier et la joaillerie haut de gamme. Mesurer cet écart entre perception et réalité financière du groupe permet de calibrer le risque réel d’un tel investissement en 2026.
Répartition du chiffre d’affaires Richemont : joaillerie contre horlogerie
Les guides sur l’investissement en montres de luxe citent Richemont aux côtés de Rolex ou Patek Philippe. Ils omettent un point structurel : la joaillerie pèse bien plus lourd que l’horlogerie dans les revenus du groupe.
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| Segment | Marques principales | Tendance 2024-2026 |
|---|---|---|
| Joaillerie (Maisons) | Cartier, Van Cleef & Arpels | Croissance soutenue, clientèle très haut de gamme résiliente |
| Horlogerie (Specialist Watchmakers) | IWC, Jaeger-LeCoultre, Panerai, Vacheron Constantin, A. Lange & Söhne | Ralentissement marqué, pression sur les volumes |
| Autres activités | Montblanc, distribution en ligne (YOOX Net-a-Porter cédé) | Restructuration en cours |
Cartier et Van Cleef & Arpels génèrent la majorité du résultat opérationnel. Le segment horloger, lui, subit un coup de frein depuis fin 2024. Le Figaro notait en mai 2026 que c’est « grâce à son joyau Cartier » que Richemont « brille dans un marché du luxe morose ».
Un investisseur qui achète l’action Richemont pour jouer la montre achète en réalité la joaillerie. Cette dissociation entre la perception horlogère de la marque et la réalité financière du groupe est le premier facteur de risque à intégrer.
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Action Richemont et cours du titre : pourquoi la résilience boursière est trompeuse
Richemont a été décrit comme « encore au-dessus de la mêlée » par Zonebourse en mai 2026, épargné par la « marée descendante » du secteur luxe. Cette surperformance relative par rapport à LVMH ou Kering rassure. Elle mérite d’être décomposée.
Ce qui soutient le cours
- Le poids de Cartier dans le portefeuille protège le groupe des cycles horlogers, la joaillerie haut de gamme étant moins cyclique que les montres
- La clientèle ultra-haut de gamme de Van Cleef & Arpels et Cartier reste active même en période de ralentissement économique
- La cession de YOOX Net-a-Porter a assaini le bilan et supprimé un foyer de pertes récurrent
En revanche, la contreperformance du segment horloger pèse. Investir Les Echos relevait que Richemont « chute à Zurich, plombé par ses contreperformances dans l’horlogerie ». Les Specialist Watchmakers (IWC, Jaeger-LeCoultre, Panerai) n’affichent pas la même dynamique que la division joaillerie.
La résilience boursière de Richemont reflète Cartier, pas ses marques horlogères. Un investisseur qui compare le titre Richemont à un ETF luxe ou à l’action LVMH doit garder cette structure en tête.
Montres Richemont sur le marché secondaire : décote ou opportunité
Le marché secondaire des montres de luxe est estimé à quelque 24 milliards de dollars selon l’étude citée par Allnews. Les marques qui captent l’essentiel de la spéculation restent Rolex, Patek Philippe et Audemars Piguet.
Les marques horlogères de Richemont occupent un segment différent. Vacheron Constantin (collection Overseas notamment) et A. Lange & Söhne conservent une cote stable sur le marché de l’occasion, portées par des productions limitées et un positionnement manufacture. IWC et Panerai, en revanche, subissent des décotes plus marquées à la revente.
Facteurs de valorisation sur le secondaire
L’état du boîtier, la présence du « full set » (boîte, papiers, facture) et la traçabilité déterminent la prime ou la décote. Pour les montres Richemont, la rareté joue moins que pour Rolex ou Patek Philippe, car les listes d’attente sont plus courtes et l’offre primaire plus accessible.
Un investisseur qui souhaite combiner exposition boursière via l’action et détention physique de montres du groupe doit accepter que la liquidité au poignet sera inférieure à celle d’une Daytona ou d’une Nautilus. Le marché secondaire valorise d’abord la rareté perçue, et les marques Richemont ne bénéficient pas du même effet de file d’attente.

Dividende Richemont et analyse du titre à long terme
Richemont verse un dividende régulier. Pour un investisseur orienté rendement, le titre offre un complément aux plus-values potentielles. La politique de distribution reste prudente, en cohérence avec la stratégie de croissance organique du groupe.
Sur le long terme, l’analyse du titre repose sur deux variables :
La première est la capacité de Cartier à maintenir sa trajectoire. Tant que la joaillerie compense le ralentissement horloger, le cours tient. Toute inflexion chez Cartier aurait un impact disproportionné sur la valorisation.
La seconde concerne le potentiel de redressement des Specialist Watchmakers. Si IWC, Jaeger-LeCoultre ou Panerai retrouvent une dynamique de croissance, le marché pourrait réévaluer le titre à la hausse. Ce scénario reste conditionné à l’évolution de la demande chinoise et à la montée en puissance de l’ultra-luxe horloger, une tendance identifiée par L’Officiel Horlogerie pour 2025-2026.
Risques spécifiques d’un investissement Richemont montres en 2026
Trois risques méritent une attention particulière pour qui envisage cette exposition :
- Le biais sectoriel : l’action Richemont est classée « luxe » mais son profil financier est celui d’un groupe de joaillerie, pas d’un horloger pur
- Le risque de change : cotée en francs suisses à Zurich, l’action expose un investisseur en euros à la volatilité EUR/CHF, un facteur souvent sous-estimé
- La cyclicité horlogère : les sous-traitants horlogers suisses explorent déjà des diversifications (medtech, défense), signe que le secteur anticipe une phase prolongée de normalisation des volumes
La fiscalité sur les plus-values de montres physiques ajoute une couche de complexité. En France, la cession d’une montre au-delà d’un certain seuil déclenche soit l’imposition sur la plus-value réelle (avec prélèvements sociaux), soit la taxe forfaitaire sur les objets précieux.
Le titre Richemont reste une porte d’entrée vers le luxe, mais pas vers l’horlogerie au sens strict. L’écart entre la force de Cartier et le ralentissement des marques de montres du groupe constitue la donnée structurante de toute analyse en 2026. Confondre exposition au groupe et exposition aux montres, c’est le principal piège à éviter.

